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Centre national des arts plastiques

Galerie Marcelle Alix

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Ernesto Sartori

Quand deux deviennent un

Arts plastiques - Exposition
01 mars • 20 avril 2013

Faisons un bond de trois ans en arrière. Pour l’exposition de groupe Moon Star Love, nous avions rassemblé huit jeunes artistes dont la pratique nous semblait annonciatrice du programme de la galerie. A cette occasion, Ernesto Sartori nous initiait aux règles fondatrices de l’univers qu’il entendait créer : la pente dont il était tombé amoureux peuplait ses sculptures murales, assemblages abstraits et peintures sur bois, sur lesquelles les activités de deux protagonistes Gary et Duane, allaient se retrouver répertoriées presque quotidiennement.

Dans la peinture intitulée Le baiser de la mort (2009), Gary et Duane (initialement Gauche et Droite) combattaient à mort. Le travail d’Ernesto Sartori se révélait dès lors à double sens : un vocabulaire formel élaboré autour de calculs vectoriels, de modules à la symétrie précise et une narration qui, empruntant au manga ou au récit d’anticipation, définissait un monde parallèle au nôtre. Hervé (2011) ou RV (rouge et vert), mi-personnage monté sur deux pattes coniques, mi-cellule d’habitation pour une personne, incarne parfaitement cette dualité. Gary et Duane fonctionnent aussi comme une allégorie de la bipolarité. Une œuvre qui, de façon surprenante, tient à la fois du foisonnement et de la rigueur, du chaos et de la logique.
L’exposition Quand deux deviennent un donne la possibilité à Ernesto Sartori d’affirmer clairement sa position d’auteur. Animé par ce que l’on pourrait nommer une révolte logique, il combine la rationalité des calculs de l’architecture prospective et le chaos narratif d’un univers fictionnel. Sans complexe et sans essayer d’être particulièrement lisible, il entretient une multiplicité des points de vue et d’échelles. Il atteint ainsi les signes d’une certaine maturité : la capacité à parler de sa propre voix, sans cesse renouvelée (potentiellement créatrice d’une impression de dissonance, de chaos, de perturbation de l’ordre établi) et l’élaboration d’une logique interne. Cette logique, épine dorsale de l’œuvre, l’artiste en garde souvent les clefs. Il n’est pas nécessaire de l’expliciter (comme il n’est pas nécessaire de comprendre exactement quels calculs mathématiques sous-tendent ses assemblages de formes géométriques), c’est pourtant elle qui rend le travail accessible et lisible, même sous la forme d’objets isolés.

Je me suis souvent demandé comment se vendent la plupart des œuvres qui se trouvent sur le marché de l’art, ces fétiches, ces objets partiels, qui peinent à représenter une démarche artistique complexe et singulière. L’erreur est justement d’imaginer que ces objets seraient à même de représenter quoique ce soit. Au contraire, pour fonctionner en tant qu’œuvres, ils doivent s’inscrire dans une continuité avec la démarche de l’artiste et pouvoir procéder du même chaos, de la même révolte contre les normes que l’ensemble du travail. Les œuvres d’art que j’apprécie ne fonctionnent pas tant sur le mode de la synecdoque (partie représentant le tout) que sur la possibilité de contenir en elles tout le potentiel révolutionnaire d’un travail artistique.
J’estime la capacité d’Ernesto Sartori à s’exprimer à toutes les échelles : de l’environnement totalisant réalisé lors de sa première exposition à la galerie (La fureur de l’atome, 2010) aux maquettes qu’il montre aujourd’hui. Que l’on aime avoir un rapport concret aux objets, à leur matérialité et leurs couleurs délicates ou que l’on préfère y voir la possibilité d’un projet monumental, il me semble que le travail de Sartori peut être apprécié pour ses différents sens de lecture, sans que ceux-ci ne se contredisent. Avec ce travail, on peut admirer de la même façon, et dans une harmonie qui lui est propre, les figurines de dinosaures et la discontinuité du langage architectural de Claude Parent, les récits absurdes de Kurt Vonnegut et la poésie des chansons des Spice Girls.
IA

Diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Nantes, Ernesto Sartori est né en 1982 à Vicenza (Italie). Le FRAC Pays de la Loire lui a consacré une exposition personnelle en 2010, année où il participait à Monsieur Miroir, 12ème prix Ricard (cur. Emilie Renard). En 2011, ses oeuvres ont été présentées à la FIAC (secteur Lafayette), à la Ferme du Buisson (La Ronde) et au sein de l'exposition RN137 à Rennes et Nantes (cur. Zoo galerie). Il a réalisé plusieurs projets in-situ en 2012, pour l'Art dans les Chapelles (Bretagne), au Vent des Forêts (Meuse) et présenté à l'Espace Culturel Louis Vuitton à Paris une ambitieuse installation intitulée Deux vaisseaux (Autobiographies, cur. Erik Verhagen).

Ernesto Sartori et Marcelle Alix remercient chaleureusement Laurence Gateau, Emilie Renard et Guillaume Constantin pour leur soutien continu.
De grands mercis également à: Sonia Droulhiole, Camila Renz, Solenn Morel, Mélanie Vincent, Aurélien Mole, Samy Abraham, Olivier Magnier.

Dernière mise à jour le 15 avr. 2013

Marcelle Alix

4 rue Jouye-Rouve
75020 Paris 20
France
Téléphone : 09 50 04 16 80
Télécopie : 09 55 04 16 80
Site internet : marcellealix.com
Cécilia Becanovic
Isabelle Alfonsi