Claudia Huidobro, Tout Contre

Exposition
Photographie
Les filles du calvaire Paris 03

Claudia Huidobro – Douce-amère

Telle une dentelle brodée, construite sur un maillage dont on ne cesse de tirer le fil, l‘œuvre de Claudia Huidobro appelle ce sein que nous ne saurions voir.  Non pas celui des pin-up, objets de fantasmes masculins qu’elle détourne en les lacérant pour en faire des collages aux inflexions constructivistes, mais bien celui qui persiste quand le corps se déploie hors du cadre. Ailleurs, chaque membre se fera motif. Un autoportrait en creux se dessinera dans ce cadre sans fond.

Ce sont des bouts de jambes sur lesquelles on trébuche, des monceaux de corps et des débris éparpillés qui peuplent le monde fragile et hanté de l’artiste. On pense alors aux photographies d’Hans Bellmer et à sa poupée montée sur jambes, mais aussi à celles que Guy Bourdin laisse traîner au sol, au hasard d’intérieurs feutrés. A ceci près que chez Claudia Huidobro, l’étrangeté n’apparaît plus via la représentation de l’image, mais bien grâce aux interventions qu’elle opère sur celle-ci. En effet, en utilisant tour à tour le scotch qui viendra arracher le grain de peau, l’aiguille piquer à travers le muscle, c’est avant tout pour qu’à la douceur des textures employées s’oppose la violence des blessures qu’elle inflige. Un trait juste et fidèle que l’on suit à la trace, une facture minutieuse, lisse, vient contrer les agressions menées sur cette chair devenue matière, et que l’artiste se plait à malmener.

Du dessin à la vidéo, tous les effets conduits par le médium doivent concourir à l’émergence d’une écriture comme signe. Dans un souci d’économie de moyens, faire avec ce dont la main dispose, qu’elle soit armée ou non. Dans ce lien ténu où l’ambivalence règne, le corps de l’artiste semble se frayer une voie au travers de géométries variables qu’il compose. Cherchant désespérément les racines qui ont à se maintenir en lui, recomposé en un moi hybride ou sous les traits d’une sculpture menaçante, celui-ci recherche l’équilibre, et bascule rituellement du terrible à la jubilation.

La série Tout contre présentée ici marque une rupture. Avec la photographie, l’artiste explore le corps repoussant ses propres limites. L’exiguïté du lieu et ses disproportions contribuent à rendre ces gestes, à la fois amples et ramassés sur eux-mêmes, plus imposants qu’ils ne semblent. Et c’est bien en se déployant à l’intérieur de cette boîte, oscillant entre apparition et disparition, que l’identité se fait corps. Nous laissant ainsi dans une ambigüité latente, ne sachant plus qui, de la main de l’ange ou de celle du démon, est venue précéder la première.


Fanny Lambert

Artistes

Adresse

Les filles du calvaire 17 rue des Filles du calvaire 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

17 rue des Filles-du-Calvaire, 75003 Paris

21 rue Chapon, 75003 Paris

 

Tél. : +33 (0)1 42 74 47 05

paris@fillesducalvaire.com

Dernière mise à jour le 13 octobre 2022